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N°1


Article de presse n°1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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N° 2

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N° 3

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N° 4

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N° 5

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N° 12

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N° 13

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N° 14

Texte de l'article n° 14

 

 

 

 

 

Une colmbe en signe d'accueil.
Porteuse du message

         Objectifs se rapportant à la personne agée
               Esthétique chez la personne agée

               Au-delà des soins esthétiques



LA REVUE DE PRESSE



La prison dans la ville.

Une esthéticienne à la centrale des femmes ou les soins de beauté, moyen de réadaptation sociale.

Chaque vendredi, une jeune femme blonde, à la silhouette élégante, franchit la porte de la centrale des femmes. Avec Rachel bahu, c’est l’esthétique qui fait son entrée en prison.
Les soins de la peau, le maquillage, trop beau pour des détenus ? Certains l’ont dit. Au contraire, dans l’optique de l’esthéticienne, qui est aussi visiteuse de prison, les soins de beauté sont une étape de la réinsertion sociale.

Qu’une ancienne infirmière-ambulancière de la Croix-Rouge  - quatre années en Algérie pendant la guerre, qui lui ont valu la Croix de la valeur militaire et des souvenirs ineffaçables comme cette nuit où il lui a fallu suivre les fellaghas pour soigner l’un des leurs  -, ce soit reconvertie dans l’esthétique a de quoi surprendre. Elle explique que ce métier est mal compris.

Il ne s’arrête au maquillage. Elle l’a choisi alors qu’elle attendait son troisième enfant pour retrouver des contacts humains, au-delà de la famille. Mais quand elle s’est présentée à la centrale, ce n’était que pour poser sa candidature comme visiteuse de détenues.

Le hasard a voulu que la directrice songeait à créer des soins d’esthétique. L’occasion de concrétiser un projet, qu’avait suggéré à celle –ci une expérience en hollande, était rendue possible. Voilà comment, sa petite mallette d’instruments sous le bras, l’esthéticienne est allée pour la première fois à la rencontre des détenues.

Une autre image.

Les conditions d’accueil, d’abord quelconques se sont améliorées. Mme Bahu se souvient encore de l’odeur de javellisant et de renfermé qui l’a saisie la première fois. Oppressée par les grands murs gris, elle du moins savait qu’elle s’en évaderait le soir même.

Aujourd’hui la pièce palière du troisième étage, sur laquelle débouchent les couloirs des cellules, a le charme d’un salon. Aux fenêtres, il y a des rideaux avec des volants de dentelles.

Les premières clientes sont venues en curieuses. Elles ont eu droit à un démaquillage, un nettoyage de peau, un masque et un maquillage. Elles sont revenues. Le mouvement était lancé.

Le groupe limité à quatre ou cinq femmes fréquente le salon pendant deux mois. Le temps d’apprendre l’essentiel. Chaque participante en fait la demande expresse par écrit. Certaines attendent leur tour plusieurs années.

« C’est une bouffée d’air dans leur vie, estime Mme Bahu ; un moment privilégié où elles se retrouvent dans un monde sans barreau. Certaines ne s’aimaient pas. Elles apprennent à s’aimer. Il faut d’abord s’aimer, s’accepter pour aimer les autres. Ce que L’esthétique donne à la personne une autre image d’elle-même. Souvent les femmes découvrent les soins. Quant elles voient le vernis à ongles, les parfums, elles renaissent ».

« Si elles commencent à s’occuper d’elle, c’est gagné » dit-elle encore. Madame Bahu pense que l’esthéticienne, à travers les gestes de sa profession  «est le symbole de la mère dont beaucoup ont été privées ».

Les soins, c’est aussi un moment favorable à la discussion. Les détenues s’intéressent à la mode. Elles parlent de leurs enfants, de la permission qu’elles attendent, de l’avenir, de l’actualité. « Elles sont très touchées par la misère du monde, par l’injustice ».

Des liens qui demeurent.

Dans son salon de la centrale, Rachel bahu réagit en visiteuse de prison (elle rencontre régulièrement trois détenues) et en membre de l’association pour la réinsertion sociale des délinquants.

Problème essentiel que la réinsertion. Les soins d’esthétique ont d’ailleurs donné l’idée à deux femmes de la centrale de se destiner à une telle profession.

Liberté retrouvée, les anciennes détenues sont affrontées à des difficultés d’un autre ordre. Il n’est pas rare que le téléphone sonne chez l’esthéticienne quant elles paraissent insurmontables. Les contacts se maintiennent aussi à travers le courrier. Les liens tissés en prison demeurent.

L’une cherche du travail, l’autre a besoin d’une somme de dépannage. Pourtant assure Mme Bahu « ce sont elles qui m’apportent quelque chose. Quand j’ai des soucis,  je me dis qu’à côté de ce qu’elles vivent ce n’est rien…. »

François Richard

OUEST FRANCE le 16 octobre 1980 retour

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Conceptions nouvelles sur la diététique de la cellulite

Je ne vous apprendrai rien lorsque je vous aurai dit que les avis concernant la diététique adaptée au traitement de la cellulite sont partagés.

Certains affirment que le régime est inutile puisque la cellulite n’y est pas directement sensible. Et il est vrai que le régime seul ne permet pas la disparition de cette localisation graisseuse inesthétique. Néanmoins après le traitement local (sous forme d’ionisation ou multipiqûres) qui dissocie les logettes fibreuses où se trouvent emprisonnées l’eau et la graisse qui constituent cette cellule, le régime devient indispensable, si l’on veut que le résultat soit durable.

Les soins externes qui permettent la libération de l’eau et de la graisse réalisent un  travail fondamental ; mais le traitement ne sera pas complet si l’on n’établit pas, alors, un régime qui permettent la combustion des éléments libres.

Ce régime sera donc à la fois un régime déshydratant et pauvre en calories. Ainsi, l’eau et la graisse se trouveront éliminées.

Ce régime se composera d’une succession de trois phases

- Une phase strictement hyperprotidique, et donc déshydratante (je vous rappelle que les protides sont représentées essentiellement par la viande, le poisson, l’oeuf, le fromage).
- Une phase de transition comportant la réintroduction d’une faible quantité d’hydrates de carbone sous forme de 150 grammes de légumes par repas.
- Une phase, enfin, plus permissive, octroyant de plus 150 grammes de fruits par repas.
La durée de ses trois phases est naturellement fonction du volume de la cellulite à éliminer, donc de l’état clinique et biologique du sujet.

LES NOUVELLES ESTHETIQUES - Mai 1981 retour


Des soins esthétiques pour la réinsertion des détenus

Mme Bahu, « celle qui vient du dehors », donne cours de maquillage et soins esthétiques pour que les détenus se sentent redevenir femmes

A 47 ans, Mme Bahu esthéticienne est la preuve vivante de la nécessité pour une femme de savoir tirer partie d’elle-même. Blonde aux yeux bleus et pleine de charme, elle est une femme active, et les ans n’ont pas altéré son beau visage. « Il faut ôter de l’esprit des gens que le soin esthétique est superflu. Nous avons besoin de nous sentir bien dans notre peau, dans notre corps, pour nous sentir bien dans notre vie ». C’est avec ce même principe en tête qu’elle visite des femmes ou des personnes âgées, plusieurs fois par semaine. Pour les détenues de la prison des femmes de Rennes, je représente « celle qui vient du dehors », celle qui leur apporte des nouvelles de ce monde qu’elles ne connaissent plus. En leur donnant des soins, je les aide à supporter leur détention, et les prépare, pour plus tard, à une vie active parmi nous.

Renaissance

Pendant une période d'un an Mme Bahu donne des soins individuels et en groupe de 10, dans une pièce aménagée à cet effet. Depuis près de huit ans, elle est l’amie des détenues qui attendent sa visite hebdomadaire. « Les détenues elles-mêmes ont donné un nom au salon d’esthétique, elles l’ont appelé « Renaissance ». Ce mot à lui seul résume la façon dont elles ressentent les visites ». Mme Bahu insiste beaucoup sur la notion de contact et d’amitié, d’échange et d’écoute. Certaines de ces femmes ont déclaré après plusieurs séances de soins : « je me sens de nouveau femmes ». L’autodépréciation est très nuisible, quand elles sortiront, les femmes que j’ai vues pendant plusieurs semaines, sauront mieux appréhender la vie du dehors. Certaines ont gardé contact avec moi, depuis leur libération. C’est tout un processus : de semaines en semaines elles s’intéressaient de plus en plus à mes conseils sur les produits de beauté mais aussi l’alimentation, l’hygiène, la santé, et elles se sont mises - timidement d’abord - à réclamer certains soins, puis à se maquiller entre elles… Par la suite, elles ont continué à me considérer comme leur amie ». Le bonheur de ces femmes, c’est aussi d’avoir quelqu’un qui s’occupe d’elles. Comme les personnes âgées, dont Mme Bahu a été amenée à s’occuper, dans les foyers. « A tout âge on a besoin d’être en harmonie avec son corps et son esprit. Aucun soin n’est imposé, il faut que la personne fasse la démarche, c’est cela qui est constructif ».

Une efficacité thérapeutique

Mme Bahu a aussi une expérience de soins esthétiques en milieu psychiatrique hospitalier. Le Dr Assicot et le Dr Joubrel, respectivement médecin-chef et médecin assistant du centre hospitalier spécialisé en psychiatrie de Rennes ont relaté dans la revue des professions de santé (janvier-février 1982) l’efficacité thérapeutique des soins esthétiques portés par Mme Bahu à leurs malades, depuis 1981. « Il semble que les soins esthétiques au sens général du terme peuvent devenir un mode privilégié thérapeutique d’abord de la maladie mentale au niveau du sympthôme mais quelquefois aussi au niveau des troubles plus graves de la personnalité comme certains états psychotiques ou des troubles de l’humeur (…) c’est un peu une façon de montrer aux malades que l’hôpital n’est qu’un lieu de passage, qu’ils peuvent conserver leurs habitudes de socialisation du monde extérieur, et qu’un des moyens les plus sûrs de sortir de la maladie est quelquefois la reprise des investissements sur soi-même et, pourquoi pas, sur une partie de son corps, celles qui est regardée et vue par les autres, à savoir notre visage…« 

Hygiène santé

Au contact de toutes ces femmes, à qui elle apportait un bien-être certain, et aussi à la demande de celles qui, placées en foyer de réinsertion, craignaient le retour à une vie en solitaire Mme Bahu à vu germer en elle une idée nouvelle, un projet courageux. « Je veux définitivement sortir du ghetto le soin esthétique, tout le monde y a droit mais surtout, tout le monde en a besoin. Alors pour ces femmes que j’ai rencontrées et qui ont peur de replonger dans la déprime à la sortie du foyer, pour les autres qui auraient envie qu’une esthéticienne s’occupe d’elles, et qui se disent que c’est beaucoup trop cher pour elles, j’ai décidé de créer l’association Hygiène Santé«.

Très attachée à la campagne et à sa commune, Thorigné-Fouillard, Mme Bahu a décidé de créer un centre esthétique là-bas, pour permettre aux habitants de profiter de soins qu’ils ne vont pas toujours chercher en ville, et pour drainer les autres, de la ville à la campagne.

Mme Bahu ne veut pas faire de ce centre un ghetto pour anciennes détenues, elle veut que tout le monde participe aux activités qu’elle va mettre en place à la fin du mois. Hygiène Santé est une association de type loi 1901, pas question donc de faire des bénéfices. L’adhésion annuelle sera de 60 fr, et chaque soin sera tarifé selon sa nature. Outre soins esthétiques classiques (manucurie, soins du visage et du corps, épilations, pédicurie, maquillage) Mme Bahu propose à ses adhérents des bains bouillonnants et relaxants, des débats, des activités manuelles, une cuisine diététique, et des cours de maquillage et d’esthétique, ainsi qu’une bibliothèque avec des livres sur tous ces sujets.

Un médecin, une diététicienne et une pédicure l’assisteront dans cette tâche. Lourde tâche en vérité puisque depuis près de trois mois que l’association existe, les premiers adhérents ont tous mis la main à la pâte pour la mise en place du local du 18, rue de Normandie et ils sont tous bénévoles. Reste à espérer que les bonnes volontés seront secourues par des subventions. Un tel projet - jamais réalisé en France - mérite l’attention.

Isabelle Danel

OUEST FRANCE - 1983 retour


L’association "hygiène santé" veut mettre les soins corporels à la portée de tous

Qu’on les appelle soins esthétiques ou soins corporels, ils restent réservés à une clientèle de salon. Pourtant une esthéticienne Mme Rachel Bahu a fait la preuve depuis huit ans à la centrale des femmes, depuis trois ans à l’hôpital psychiatrique, pendant deux ans dans les foyers de réinsertion sociale, que ses soins de beauté constituent un moyen efficace de redonner conscience de sa dignité à la personne qui en bénéficie.

Deux médecins du C.H.S.P. de Rennes ont pu écrire. « Il semble que les soins esthétiques au sens général du terme peuvent devenir un mode privilégié d’abord de la maladie mentale au niveau du symptôme mais quelquefois aussi au niveau de troubles plus graves de la personnalité… l’ambiance d’un pavillon, l’aspect général de malades, le vécu d’une hospitalisation peuvent être complètement transformés par cet abord esthétique inhabituel en psychiatrie mais qui paraît intéressant dans toutes les situations où les individus et en l’occurrence ici les malades se sentent comme exclus ou retirés du système social. C’est un peu une façon de leur montrer que l’hôpital n’est qu’un lieu de passage, qu’ils peuvent conserver leurs habitudes de socialisation du monde extérieur et qu’un moyen le plus sûr de sortir de la maladie est quelquefois la reprise des investissements sur soi-même et pourquoi pas sur une partie de son corps, celle qui est regardée et vue par les autres à savoir notre visage…».

Hygiène sous tous les aspects

C’est à partir d’une telle conception de l’esthétique que Mme Bahu est à l’origine de la création le 30 septembre de l’association Hygiène Santé. Ses objectifs sont larges : ils comprennent tous les aspects de l’hygiène corporelle, alimentaire et ménagère. L’association vise aussi bien à faire connaître les principes d’une bonne santé par le développement de tout l’être, physique, morale et mental qu’à organiser des campagnes de prévention, de formation et d’information sur le tabac, l’alcool, la drogue…

Mme Bahu espère retrouver des pensionnaires de foyers de réinsertion et les malades de l’hôpital qui devraient apprécier de sortir de ce cadre pour venir à la campagne. L’association aménage en effet, un local, à Fouillard, 18 rue de Normandie. La forêt de Rennes est toute proche, des Vaches paissent dans les prés voisins. Un cadre propice donc.

Pour l’instant avec les moyens du bord et des bonnes volontés, on s’efforce de redonner un aspect accueillant aux différentes salles, d’écoute, de relaxation, de maquillage, de soins individuels, vestiaire, de balnéothérapie avec bain bouillonnant, bibliothèque, cuisine diététique, d’activités telles que le dessin, peinture sur soie, art floral, peinture, sculpture…

Pas question de réserver l’accès des services aux seules femmes ou aux personnes âgées. L’espoir de l’association est que les adultes de Thorigné-Fouillard ou des communes voisines viendront aussi facilement que les enfants.

Des Projet ambitieux

Les projets se bousculent. On rêve de petites randonnées dans la campagne, guidées par un grand-père qui connaît bien les plantes, de stages de formation des aides-soignantes qui s’occupent des personnes âgées et souhaite leur apporter autre chose que le « coup de main » matériel. Apprendre aux ménagères a réaliser des menus équilibrés encore une autre piste. On pense que les anciens ou anciennes seront intéressés par la possibilité de prendre des bains sans crainte de tomber. Des soins de pédicurie y sont envisagés, des vacations d’un médecin généraliste et d’un ergothérapeute aussi, une puéricultrice s’occuperait des enfants.

Projet ambitieux. Ils supposent des moyens financiers. Mais l’équipe qui entoure Mme Bahu à savoir la secrétaire, la trésorière ainsi que les membres du conseil d’administration est convaincuede réussir. Elle va solliciter des subventions. Une cotisation de 60 f. par an sera demandée à chaque adhérent, ainsi qu’une participation par soin.

Mme Bahu est persuadée que son association prolongera utilement l’action engagée en milieu carcéral et en milieu hospitalier, qu’elle peut permettre une meilleure réadaptation voire éviter ou retarder le retour dans le milieu. À partir de fin novembre, l’association devrait être opérationnelle. On peut dès maintenant prendre contact au 82 06 90.

OUEST FRANCE - 1983 retour


« Quand le physique est bon le moral est bon »

« Je me suis aperçue qu’on ne pourrait pas dissocier le physique du psychique. Quand le physique est bon, le moral est bon». Rachel Bahu, une ancienne infirmière qui a conduit des ambulances dans le bled pendant la guerre d’Algérie, a décidé de devenir esthéticienne. Pas une esthéticienne ordinaire. Elle a ouvert un atelier il y a 15 ans à la centrale des femmes, puis à l’hôpital psychiatrique en 1981. En 1983, elle crée à Thorigné-Fouillard Hygiène Santé, une association qui dispense des soins d’esthétique et aux personnes âgées, aux handicapés physiques et mentaux et aux personnes qui sortent de prison ou de l’hôpital psychiatrique.

L’association fonctionne grâce aux cotisations (60 fr par an) des 150 adhérents, aux dons anonymes, de l’aide de laboratoires de produits de beauté, et grâce à la participation financière pour les soins corporels (50 fr) et pour les autres acquitter (20 fr) les séances sont ouvertes à toute personne qui acquitte la cotisation annuelle. Car Rachel Bahu n’a pas voulu créer un « ghetto ». Elle estime au contraire de sortir les gens de leur enfermement. Par les organisations d’activités : dessin, peinture, art floral, couture qui « aident la personne à s’épanouir et à rompre la solitude ». Par les soins esthétiques (manucure, épilations, soins du visage et du corps, maquillage) ou  relaxants, dispensés dans un cadre aux couleurs douces,  envahi par des parfums propices au repos, à la détente.

Accepter autrui

Rachel Bahu, qui accueille tous les quinze jours un groupe d’adolescents handicapés physiques et mentaux du Placis-Vert, s’est aperçue que les soins d’esthétique leur faisaient du bien. L’un deux ne supportait pas le moindre contact. Grâce aux bains bouillonnants et aux massages, il est sorti de ses frayeurs. Elle obtient également des résultats avec les personnes âgées qu’elle va chercher à domicile en voiture et avec les femmes qui sortent de prison. « Cela les aide à se réinsérer, estime Rachel Bahu. Toute personne qui va à l’institut, est conduite à mieux accepter son image, à accepter son corps. Or, quand on s’accepte, on accepte autrui ».

Rachel Bahu, qui s’entoure de trois stagiaires pour les soins d’esthétique, d’un médecin et d’une pédicure, donne également avec l’aide d’une diététicienne des conseils théoriques et pratiques de nutrition et de prévention contre les risques liés à l’alcool, au tabac et aux excitants. Elle espère ainsi aider à la réinsertion, mais aussi à la prévention.

Car Rachel Bahu, qui donne également des soins aux toxicomanes du centre « l’envol » estime qu’on peut éviter beaucoup de dangers avec une bonne hygiène de vie. « À cause d’une mauvaise alimentation et d’un manque de sommeil, des personnes vont à l’hôpital psychiatrique alors qu’elle ne devrait pas y être».

Cent soins gratuits aux chômeurs

Ce même souci d’éviter que les gens ne fassent des dépressions l’avait conduite à offrir 100 soins gratuits aux chômeurs à noël. Aujourd’hui, le corps médical a pris conscience de l’importance des soins corporels. Mais Rachel Bahu entend continuer de se battre pour bien faire passer le message.

« Les soins d’esthétique sont encore considérés comme quelque chose de superficiel. Pour certains, ils représentent la bagatelle.
C’est dommage, car les gens viennent quant ils sont vraiment très très bas »
.

OUEST FRANCE - 1986 retour


Lutter contre l’ennui, mode d’emploi

En prison ou à l’hôpital psychiatrique elles se sauvent un peu en soignant leur peau

A l’heure où on parle de sanctionner les personnes qui en assistent d’autres dans leur suicide, nous avons rencontré une esthéticienne amoureuse de la vie… Dans le milieu carcéral et à l’hôpital psychiatrique de Rennes – « un monde pas si différents tellement on y est seul ». - Rachel Bahu est connue et estimée.
À la prison des femmes, elle donne des soins bénévolement. Et forme même des détenues à son métier. À l’hôpital psychiatrique, on l’attend pour lui confier ce qu’on n’ose pas dire au médecin.
Infirmière diplômée d’Etat, Rachel Bahu fait de l’esthétique une thérapie. Avec elle, les masques tombent. Les personnes, malades ou incarcérées, livrent leurs peines : celles si grosses à supporter qu’elles en déteignent sur le moral « comme un Rycil opaque coule au bout d’une larme ».

OF. - Par votre métier où la clientèle est plutôt aisée d’ordinaire, vous vous intéressez à des femmes pour qui vivre est souvent une souffrance. Quel est le rôle de l’esthétique pour une personne déprimée ?
Rachel Bahu. - Contre un assaut permanent d’idées noires, le corps ne lutte plus. Et d’un aspect plus physique, un être prisonnier, à l’air libre quelques heures par jour, verra sa peau se détruire. Par déshydratation constante, on vieillit plus vite. Sur une peine de vingt ans de prison, les effets peuvent prendre des proportions dramatiques. À quarante ans, on en paraît  presque soixante. Pour une femme, c’est alors toute sa vie qui est foutue. À travers ses soins, auxquels j’ajoute un rôle éducatif sur l’hygiène, je veux les aider à conserver leur féminité…

OF. - Quels sont les points communs entre une femme prisonnière et une femme malade ?
Rachel Bahu. -  Toutes deux sont fragiles et immatures.

OF. - Le contact est facile ?
Rachel Bahu. - Je suis accueillie à bras ouverts dans les deux maisons. Je suis souvent plus proche d’elles que leurs médecins respectifs. Parce qu’en « massant leur douleur dans le cou », c’est une partie de leur angoisse que j’évacue. Elles me confient leur peine. Ce qu’elles ont sur le cœur sort en même temps que « la boule de nerfs » située entre deux vertèbres.

OF. - Mais vous allez bien au-delà de votre fonction d’esthéticienne…
Rachel Bahu. - Personne ne s’en plaint. La beauté du corps est un tout. Je rectifie leur nutrition. Difficile d’avoir un joli teint si on n’a pas les vitamines nécessaires. Détenues ou hospitalisées, leurs angoisses détruisent leur potentiel minéral. Elles se mettent à manger du chocolat, un yaourt, un bonbon… et à sauter les repas par manque d’appétit. Le sucre étant un « voleur », leur métabolisme se trouve transformé. Elles grossissent. Et je suis aussi là pour éviter ça. Contre la déprime, c’est important d’informer. De leur dire que tout commence souvent par une mauvaise nutrition. C’est tout aussi valable pour les gens libres comme vous et moi…

OF. - …Et qui remplacent une bonne salade par deux ou trois cigarettes. Finalement tout à l’air simple avec votre programme…
Rachel Bahu. - La confiance installée, il faut que je sois moi-même, tonique, stimulante. Le but est d’arriver à une bonne relaxation. Je travaille beaucoup par intuition et je n’ai pas peur de parler, de l'Amour du prochain.

OF. - Le métier d’esthéticienne fait pourtant davantage penser au faste des pharaons qu’à l’enseignement de l’Evangile. Que pensez-vous de l’argent brasse dans votre profession ?
Rachel Bahu. – Je me rends dans les congrès pour m’informer et je vis des rétributions de l’hôpital. Mon association implantée à Thorigné-Fouillard fonctionne grâce aux adhésions des membres bien portants. J’y apprends à maquiller comme à faire de la cuisine légère. Et formant aussi des aides-soignantes.

OF. – Des projets pour la prison des Femmes  ?
Rachel Bahu. - Je n’ai pas encore formulé la demande mais une baignoire à remous pour de la balnéothérapie serait très bien. Je pense aussi développer en milieu rural des permanences pour les soins du corps. Peu de matériel et bien des emplois utiles pourraient être créés. Mais ma plus belle récompense est de voir une personne dépressive qui, après m’avoir boudée, s’installe devant une table, se maquille et ose enfin se regarder dans le miroir, avec un sourire au coin des lèvres.

OUEST FRANCE - Juillet 1987 retour


À Thorigné-Fouillard
La formation : une préoccupation du centre Hygiène Santé

Rennes. - Depuis quatre ans, la commune de Thorigné-Fouillard est équipée d’un centre d’esthétique peu commun. « Au centre Hygiène Santé, nous donnons des soins d’esthétique humanitaire et social », explique Mme Rachel Bahu, la directrice. Les malades prennent l’initiative de se rendre en bus au centre parce qu’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent dans des instituts de beauté traditionnels. Dans cette maison, il règne une grande sérénité et une volonté d’être à l’écoute de tous.

Les soins s’adressent aussi bien aux personnes en difficultés qu’aux personnes moins démunies. Mais souvent ceux qui se sentent exclus viennent dans cet endroit pour se ressourcer. Rachel et son équipe de cinq esthéticiennes essayent de réconforter les handicapés, les chômeurs ou les détenus. Toutes personnes qui éprouvent des difficultés à se réinsérer dans la vie quotidienne. « Nous les aidons à dédramatiser leur situation », explique-t-elle.

La compétence du centre est reconnue par le corps médical, qui envoie des malades sur ordonnances pour certains soins. Mme Bahu travaille en étroite collaboration avec des kinésithérapeutes et des homéopathes. Mais elle ne veut pas s’en tenir aux résultats déjà acquis. Elle veut créer un centre de formation.

Une formation d’esthétique humanitaire

Au départ, le rêve du centre était d’augmenter le nombre de petites structures comme celle mise au point à Excalibur à Chantepie. Cette cabine d’esthétique est destinée aux personnes du troisième âge.
« Le doyen de nos clients à 94 ans, annonce fièrement Mme Bahu. Il faut aider les personnes âgées et à mieux vieillir ». La volonté de démocratiser l’esthétique a donné l’idée au centre Hygiène Santé de créer un centre de formation. « Il s’appellera Harmonie », sourit  Rachel. Il s’adresse aux personnes qui ont raté leur C.A.P. d’esthétique et sera une formation de perfectionnement pour les femmes qui n’ont plus exercé depuis longtemps. « Les esthéticiennes doivent accueillir une autre clientèle. Trop souvent, les portes des petits instituts sont fermées à des personnes dans des situations particulières. Nos collègues ont peur ».

Le but de la formation est d’apprendre à donner beaucoup de temps aux autres. « Nous ne sommes pas là pour faire du rendement, mais pour personnaliser les soins ». Au cours de cette formation on apprendra à soigner la personne dans sa globalité. « Le physique et le psychisme sont inséparables ». Le point de départ est l’équilibre de l’alimentation. Mais le sport est également important. Céline, une grande jeune femme brune aux yeux verts donne des cours de gymnastique aux patients sur la pelouse du centre. Le seul hic ce sont les locaux. Trouver un bâtiment de 1000 mètres carrés avec au moins un hectare de terrain et à moins de 20 kilomètres du nord de Rennes, cela fait beaucoup de conditions mais pour ses esthéticiennes au cœur généreux, rien n’est impossible.

OUEST FRANCE - 4 Août 1988 retour


Hygiène-Santé-Harmonie s’installe à Rennes

Voilà plus de treize ans que Rachel Bahu a fait entrer l’esthétique à la prison centrale des femmes, avec l’accord de la directrice de l’époque. Il y a dix ans, elle a créé la première cabine d’esthétique à l’hôpital psychiatrique. C’est dire qu’elle a, de son métier, une conception très particulière.

Dans le prolongement de ses expériences professionnelles, elle a été amenée à ouvrir sur la commune de Thorigné-Fouillard, un lieu de vie qui a reçu le nom Hygiène-Santé-Harmonie. Objectif : apporter une aide morale et matérielle aux plus déshérités pour rompre leur solitude. Au travers de la valorisation du corps, c’est une remise en santé totale qui est entreprise  mental compris, Hygiène-Santé-Harmonie est également un centre de formation. Rachel Bahu dit qu’on y apprend à être « des éducatrices et de la beauté » et que l’enseignement personnalisé dispense « une esthétique humanitaire et sanitaire ». Rachel Bahu consacre une partie de son temps à prospecter du côté des communes et des établissements. Elle a ainsi trouvé six emplois pour ses élèves. L’une des stagiaires s’est vu remettre, cette année, au cours de la journée du meilleur ouvrier de France, une médaille d’argent pour la meilleure apprentie de l’Ouest.

Hygiène-Santé-Harmonie envisage sérieusement de s’implanter en ville de Rennes, plus précisément dans un vaste local de 400 m2. Ce qui supposera d’élargir l’équipe. Les personnes qui souhaitent collaborer peuvent prendre contact au  99 62 06 90 ou 99 62 02 58.

OUEST FRANCE - 5 Septembre 1989 retour



Champs-Manceaux

Des jeunes femmes au chômage initiées au maquillage
La confiance en soi retrouvée

Elles ont pris l’habitude de se rencontrer au centre social des champs-Manceaux. Elles travaillent à Trocabi, fréquentent la PMI, sont Rmistes ou touchent l’allocation parentale. Elles ont en commun d’avoir des revenus modestes et surtout une volonté de s’en sortir. Aujourd’hui, elles s’initient aux techniques de maquillage.

Le « paraître » a son importance pour ses propres yeux et le regard des autres. Il signifie un statut social, une reconnaissance. Il caractérise une existence sociale. Cela paraît facile quand  les conditions de vie sont ce qu’on appelle « normales ». Mais la difficulté vient de la rupture prolongée d’avec le monde du travail. Une situation de plus en plus fréquente et qui  intéresse toutes les couches sociales. Les points de repère tendent à disparaître. « Quand on est au chômage on se sent exclu et on a tendance à se laisser aller d’autant que les conditions financières sont difficiles », reconnaît Solange.

« A travers des thèmes comme la santé, l’hygiène de vie, les soins, le maquillage, les jeunes femmes jettent des bases qui leur permettent de retrouver une certaine confiance en soi, de réapprendre à se respecter » souligne Rachel Bahu, animatrice à Hygiène-Santé-Harmonie.
« Le maquillage est non seulement valorisant pour nous-mêmes mais aussi pour les autres », note une jeune femme.

Ainsi, touches par touches, chacune redécouvre une image de soi plus positive « ici, on apprend à se connaître », remarque Myriam.

Pour l’heure, chacune à l’esprit tourné vers la petite fête organisée jeudi. « On prépare le buffet, on s’occupe des décorations, des cartons d’invitation ». Et naturellement, elles viendront coiffées, maquillées, et habillées de Robes qu’elles auront confectionnés pour l’occasion. Une façon de vivre l’esprit de fête, ensemble.

OUEST FRANCE - 14 Décembre 1993 retour



Mieux informer les précaires sur la santé
Le Bus’Top Santé stationne en ville

À l’initiative du comité départemental d’éducation sanitaire et sociale, le Bus’Top Santé a séjourné hier à Redon. Le public intéressé a pu le visiter à l’espace Marotte dans la matinée et dans le quartier de Bellevue l’après-midi. L’occasion de découvrir des informations à l’intérieur du véhicule et de rencontrer des professionnels de la santé.

Le Bus’Top Santé sillonne les routes d’Ille-et-Vilaine du 4 au 20 octobre, à l’initiative du CODESS (Comité départemental d’éducation sanitaire et sociale) et des principales institutions sanitaires et sociales du département. Valérie Lemonnier, chargée du projet du CODESS, explique : « l’animation a lieu dans le cadre du programme Inter-Institutionnel d’éducation et de promotion de la santé et s’adresse particulièrement au public en marge de la santé ». Après Saint-Malo et Vitré, le bus a passé, jeudi, une journée à Redon et attiré un public nombreux, souvent venus en groupe, et déjà informé par les associations locales. Deux coordinatrices locales. Béatrice Couronné, infirmière au Cdas, et Josiane Rétif, agent Cpam, se sont relayées tout au long de la journée pour accueillir les groupes.

« Nos objectifs, souligne Béatrice Couronné, sont avant tout de renforcer le lien social entre nos visiteurs et leur permettre d’identifier les structures d’aide et les personnes relais qu’ils peuvent contacter à Redon, mais aussi leur permettre d’exprimer leurs préoccupations en matière de santé ».

Véritable lieux d’expression et d’échanges, le bus abrite également des productions de groupes impliqués dans les actions PIEPS : expo-photos, sculptures, panneaux inter-actifs, informations sur l’alimentation, etc.

De nombreux partenaires redonnaient se sont joints au projet et ont, tout au long de la journée, dans les stands aménagés, distribué des adresses utiles et des informations sur les droits de chacun en matière de santé.

OUEST FRANCE - 9 Octobre 1999 retour



Soigner l’image et la personne des démunis pour une meilleure confiance.
Rachel, esthéticienne des âmes

Au moins une fois par mois le centre social organise une journée de soins esthétiques pour les plus démunis. Au-delà de leur image, Rachel Bahu améliore le mental de tous ses clients.

Rachel Bahu, de l’association Hygiène-Santé-Harmonie de Rennes, a choisi une profession bien particulière. Après une solide formation générale et en psychologie, elle est devenue infirmière socio-esthéticienne et exerce auprès d’un public très particulier de démunis, personnes âgées, malades mentaux, gens de la rue, handicapés, toxicomanes… « Mon métier, explique-t-elle, c’est de proposer un travail sur le développement personnel. Les soins corporels esthétiques que je dispense ne sont pas une fin en soi mais ils permettent aux gens qui viennent me voir de retrouver une image positive».

En collaboration avec Odile Jouan, conseillère en économie sociale et familiale, et le CCAS, Rachel dispense ses bienfaits au centre social depuis six ans, auprès de femmes en grande souffrance. « Après une séance de relaxation, de soins du visage ou d’épilation, les femmes  touchent du doigt leurs richesses et leurs qualités enfouies et elles apprennent petit à petit à les exploiter. Souvent, elles reprennent goût à la vie et y trouve un sens perdu ».

Une méthode bien particulière

Au moins une fois par mois, Rachel reçoit au centre social, dix femmes bénéficiaires du RMI et quelques autres qui reçoivent individuellement des soins. Les séances commencent en octobre et se terminent en juin. «Je prends les personnes dans leur globalité et leur enseigne les dix lois de la santé, dont la tempérance et la positivité. Si elle les respectent, elles demeureront en bonne santé. Elles apprennent le respect d’elle-même et retrouvent leur dignité ». Souvent dépassées par des enfants plus qualifiés qu’elles et par un mari peu attentif, « elles arrivent, grâce à ces moments privilégiés, à retrouver leur place au sein de la famille ».

Une seconde année de soins est proposée au public. « Mais ils doivent se prendre en charge à ce moment-là, souligne Rachel. Ils ont, à chaque séance, un plan de travail avec le lait, lotions et différents produits. Ils deviennent acteurs de leur revalorisation ».

Les soins ne sont pas gratuits. Chacun donne ce qu’il veut et peut. « En aucun cas, elles ne veulent être des assistées ! », s’exclame Rachel, également formatrice auprès d’infirmières, qui avoue vouloir rester « femme de terrain tout en enseignant, pour mieux faire passer mon message ».

Son travail est unanimement reconnue. Grâce à ses interventions, beaucoup de démunis « prennent beaucoup moins de médicaments, se font suivre plus régulièrement et justifient ainsi mon rôle de prévention ».

OUEST FRANCE - 20 - 21 Novembre 1999 retour


Les Champs-Manceaux

« Champs libres » : un atelier look

Unanimes ! les participants - mais aussi  participants - diront : « Le look, c’est prendre du temps pour soi ». Être ou paraître, on y trouve bien sûr une complémentarité. Le premier n’exclut pas le second ou inversement. Mais l’éphémère de l’un s’oppose sans doute à la pérennité de l’autre. Cet atelier mis en place les 1er et 8 décembre au centre social, par l’association Champs Libres présidée par Brigitte Lotton, est une reprise. Le premier remonte déjà à quelques années. Anne Carrère, responsable, rapporte : « aujourd’hui, cet atelier fait suite à une demande des gens du quartier, voire des environs. L’initiative appartient au groupe « Les P’tits Plats » de l’association, après avoir obtenu le financement par la commission locale d’insertion-CLI ». Bien sûr la date choisie à son importance à l’approche de la fin de l’année mais ce n’est pas la seule raison. Loin s’en faut.

Un espace vidéo montrera les gestes à faire et chacun(e) pourra parfaire - mais aussi apprendre - pour son bien-être. Un espace de produits de soins donnera également toutes informations, par exemple harmonisation des couleurs, etc., tout cela dans le cadre de son hygiène au quotidien, mains, pieds, relaxation…

Se sont ainsi une dizaine de personnes qui sont venues à chaque séance animée par Rachel Bahu, infirmière socio-esthéticienne de l’association Hygiène-Santé-Harmonie, square Édouard Herriot à Rennes.

Martine, du quartier : « il est important d’apprendre les bons gestes, le massage des mains, des bras pour son bien-être. Avec des choses simples, on peut faire des bonnes choses. Par exemple ce sont des gestes qui pourront aussi apporter un plus aux personnes âgées ».

Evelyne : « C’est une détente. S’arrêter un peu pour soi-même ».
Rachel Bahu, infirmière, explique : « c’est un développement personnel. Les soins corporels esthétiques sont un support et non une fin en soi. L’association travaille sur le paraître mais aussi sur l’être. Par exemple, à la prison des femmes, lorsqu’elles sortent, il est important de les accompagner. Il y va de la reprise de confiance en soi. Il faut leur montrer qu’elles ont des qualités qui sont enfouies. Elles ont été cassées à l’intérieur et elles se sentent inutiles. Toute personne a une valeur humaine. De même en milieu psychiatrique, les personnes replongent parce qu’elle ne trouve pas l’accompagnement dehors, pas de main tendue vers la détresse. Ces soins que nous proposons concernent la personne dans sa globalité aujourd’hui et demain ».

Créée en 1983 à Thorigné-Fouillard (Ille-et-Vilaine),  l’association Hygiène-Santé-Harmonie est aujourd’hui également centre de formation pour les aides-soignantes, infirmières et éducatrices spécialisées. Rachel Bahu intervient aussi auprès des personnes âgées ou en difficulté. Au cours des séances organisées, chacun pourra, dans le cadre de l’hygiène de vie, connaître les 10 lois de la santé à respecter pour la garder ou la retrouver.

OUEST FRANCE - 2001 retour



Une esthéticienne admirable

Marie, une de nos lectrices, nous écrit cette émouvante lettre :

« En voyant vivre Mme Rachel Bahu, je suis touchée profondément de ses attitudes aimantes envers les gens les plus dépouillés.
Elle est admirable. Il est des êtres comme ça, dont on ne parle pas.
Aujourd’hui, pour diverses raisons, je veux que son exemple soit connu. Il faut faire connaître l’esthétique qui redonne sa valeur humaine à l’être jusqu’au grand voyage. C’est ce qu’enseigne Mme Bahu, partout. Ce travail « intérieur » qu’elle communique, c’est là son secret. Elle a une « présence » extraordinaire, sans bruit, sans parole. Seul son sourire, son regard nous réchauffent.
Merci pour ce que vous faites.
Rappelons que Rachel Bahu, membre de l’association « Hygiène-Santé-Harmonie » de Rennes, est infirmière socio-esthéticienne et exerce son métier auprès des plus démunis : personnes âgées, malades mentaux, handicapés… »
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REVUE PROFESSIONNELLE - 2001 retour


Bréquigny

Nouvelle activité du groupe des P’tits plats

Au centre social, mardi dernier, Rachel Bahu dirigeait une séance de relaxation, à l’initiative du groupe les P’tits Plats. Chacune mais aussi chacun a pu s’initier aux techniques de relâchement musculaire.

Tout au long de l’année les P’tits Plats c’est la convivialité avec les repas bimensuel. « Aujourd’hui, l’activité proposée conduit à la détente », explique un Anne Carer, conseillère en économie sociale et familiale. Relaxation et auto massage sont inscrits au programme du jour. « Il faut se convaincre que le soin esthétique est une mesure d’hygiène qui répond aux besoins de Tous », dit Rachel Bahu, infirmière socio-esthéticienne de l’association Hygiène-Santé-Harmonie. « Mais pour être réceptive la personne doit être calme d’où la relaxation préalable ». Respiration, manœuvres manuelles (beaucoup de nuques raides, constate Rachel), bienfaits des plantes, onctions, drainage, autant de domaines que les participants ont pu découvrir. « Le silence n’est pas nécessaire à la détente totale, par contre la musique contribue à améliorer la réceptivité corporelle » ajoute Rachel. Cadre, lumière, température, l’environnement a aussi un rôle à jouer. Isabelle a déjà participé à tel atelier : « nous apprenons aussi à connaître les produits adaptés à la nature de notre peau ». Marie-thérèse y voit différents intérêts : «se détendre et sortir de chez soi ». Un espace vidéo a permis à chacun de parfaire sa technique pour son bien-être. Rachel a montré également la technique de l’auto-massage, par exemple pour faire passer une « migraine ».

OUEST FRANCE - Juin 2002 retour




Le texte reproduit ci-dessous a fait l’objet, de la part de Mme Rachel Bahu, (Esthéticienne médico-sociale bénévole au Centre Pénitentiaire de Rennes), d’une communication au Palais des Congrès à Versailles, les 4, 5 et 6 avril 1981, lors des Journées d’Etude d’Esthétique appliquée.

Au-delà des soins esthétiques.

     En sa qualité de visiteuse au centre pénitentiaire de Rennes, l’auteur a voulu aller au-delà de ces visites ;  dans ce témoignage elle nous raconte comment, depuis six ans et une après-midi par semaine, elle exerce bénévolement sa profession d’esthéticienne médico-sociale en milieu carcéral et pourquoi est-elle visiteuse au centre pénitentiaire de Rennes.

     Je donne mes soins à un groupe de six femmes pendant trois mois ; c’est avec l’accord de Mlle Mercier, Directeur du Centre Pénitentiaire et certaines de ses collaboratrices que le salon d’esthétique a été créé : tout y est douceur, repos, une véritable symphonie en rose, où quelques menus détails donnent encore plus de féminité : ainsi, les rideaux ornés de dentelle…

     La nature entre à l’intérieur par des plantes qui donnent ainsi encore plus de vie. On pénètre dans le salon avec plaisir.

Pourquoi des soins esthétiques en milieu carcéral ?

     Pour aider ces femmes à supporter leur détention, et les préparer, pour plus tard, à une vie active normale parmi nous.

Que leur apportent ces soins ?

     Tout d’abord, venant de l’extérieur, l’esthéticienne médico-sociale est pour elles une bouffée d’air ; c’est pour elles le moyen de se retrouver dans un univers presque normal, pour leur faire comprendre que « tout n’est pas perdu ».

     A chaque séance, je les entends dire : « Que le temps passe vite avec vous ; nous avons l’impression, pendant ces deux heures d’être ailleurs ! ».

     C’est un moyen d’échange, d’écoute. Ensemble, nous ébauchons l’organisation de leur avenir, nous discutons des problèmes féminins.

     Après un soin, l’une d’elles me dit : « Comme on se sent bien dans sa peau ; comme je me trouve plus légère,  je renais ». Une autre : « j’allais m’endormir ».

     Elles ont donné un nom au salon d’esthétique ; elles l’ont dénommé « Renaissance ». Les séances se passent en musicothérapie où il règne une ambiance de relaxation et de détente ; chacune s’exprime, pose des questions concernant les soins à apporter pour tel type de peau, et s’activent au déroulement des soins : manucurie, masques, maquillage, épilation etc.…

     Depuis quelques mois, elles se font des soins mutuellement ; deux d’entre elles envisagent de se destiner à la profession d’esthéticienne.

     Lorsque les trois mois de soins sont écoulés, elles m’écrivent leur « vécu » en me faisant part de leurs réflexions et de leurs suggestions, toutes pourront ainsi se prendre en charge dans ce domaine.

     Les détenues que je soigne sont sensibles aux teintes pastel ; c’est pour elles quelque chose d’important. Les parfums des  crèmes, des lotions, des laits leur procurent un certain bien-être. Pour l’une d’elles, l’odeur de la cire reste un souvenir agréable ; pour une autre, un espoir. Chaque détail de ce genre les situent à nouveau dans le temps et dans l’espace qui se sont pour elles, et souvent pour plusieurs années, immobilisés.

     A travers ces soins, j’ajoute un rôle éducatif sur l’hygiène, l’utilisation des produits, les conseils alimentaires, l’importance du sommeil, de la relaxation, de la respiration.
      Je veux qu’elles sachent que la Santé, c’est la Beauté.
     Ces soins constituent aussi un moyen de lutter contre la dépression, et l’autodépréciation, qui peuvent conduire à la catastrophe. Par ses soins esthétiques, je fais redécouvrir à ces femmes leur dignité de Femme à part entière : on sait en effet combien l’aspect physique influe sur le moral et sur la personnalité.
     Je veux les aider à conserver leur féminité, apprendre à certaines d’entre elles à s’occuper d’elles-mêmes, et par là, à se respecter, à respecter les autres, ce qu’elles auront à faire quand elles seront «dehors», car, pour aimer les autres, il faut d’abord s’aimer soi-même.

     C’est précisément là que l’esthéticienne médico-sociale a un rôle à jouer et elle en a les moyens. Une détenue écrivait « Il est bon de se savoir écoutée, de ne plus faire partie de la troupe, mais de s’en détacher parce qu’on a sa peau à soi, différente de celle de l’autre ».
     J’irai plus loin en disant que l’esthéticienne médico-sociale a une approche différente du médecin, du psychologue, et ceci grâce au contact direct des mains.
     L’esthéticienne médico-sociale aide la personne à se mettre en rapport avec elle-même ; La peau n’est pas qu’une simple enveloppe, mais un lieu de contact essentiel, qui se répercute dans tout l’individu. Quand la personne formule son appel, elle ne l’enferme pas dans une plainte qui désigne une partie malade ; elle nous présente, et c’est bien différent, l’image qu’elle a d’elle-même.
      En touchant son visage, en le modifiant, en apprenant à la personne à tirer le meilleur parti d’elle-même, nous la revalorisons, nous transformons ce visage en une réalité rassurante, apaisante, une réalité de plaisir.

     J’ai été amenée à dispenser des soins esthétiques en milieu psychiatrique, où j’y ai rencontré une personne, que j’ai actuellement dans le groupe des cours. Chaque semaine, je constate chez elle une grande amélioration, et les soins y sont pour une bonne part. Elle a commencé par demander un soin, puis, le vendredi suivant, un maquillage et, depuis, timidement, elle s’installe devant le miroir avec les produits nécessaires, et s’occupe d’elle-même.

     Quelle transformation chez cette femme que nous avons connue comme une loque, absente, prostrée : voilà ma plus belle récompense.
     Quand on parle de l’esthétique, on remarque des sourires incrédules qui blessent profondément. Et pourtant, après un temps d’expérience, je sais que nous pouvons aider ces femmes, non seulement à accepter leur âge, mais aussi les aider moralement dans maintes circonstances de la vie.

     Ainsi, par notre langage simple, qui parle du « vécu » quotidien et de ses peines, nous nous mettons à l’écoute de la personne venue nous voir, et nous l’acceptons telle qu’elle est, même si cette personne a tendance à nous fatiguer.

     La phrase suivante est d’un chirurgien : « Par vos mains, vous chassez la mauvaise image et vous donnez la possibilité d’en créer une autre meilleure ».
     L’institut est souvent un refuge où l’on trouve une personne à qui parler ; on y vient dire son désaccord avec son corps, avec son visage qui est ravagé par la maladie appelée « dépression », par la fatigue, par le temps qui passe et amène le vieillissement biologique.
      Les rides ne sont pas toujours le fait de la sénescence, mais d’une dégénérescence des tissus élastiques et conjonctifs.

     En milieu carcéral, on peut remarquer, autant chez les toutes jeunes femmes que chez les plus âgées, une déshydratation profonde. Il serait souhaitable que ces femmes soient plus actives et participent davantage aux cours de gymnastique et de yoga. On sait, en effet, que l’activation et la relaxation sont les deux piliers de la santé et de la beauté qui, l’une et l’autre, résultent d’un excellent équilibre physique et moral.

Mécaniquement, l’organisme a besoin de vitalité pour son complet épanouissement ; s’il y a disfonctionnement, il est angoissé et se crispe. Le contentement de soi, et son plein épanouissement, naissent d’un bon fonctionnement organique.
     Je constate qu’au cours des heures passées à écouter, tenter de comprendre et d’aider, que ces femmes ont surtout besoin de sympathie. Pour moi, les soins sont le biais, et je m’en sers pour faire passer autre chose qui dépend de la relation entre le soignant et le soigné. C’est cette relation qui va falloir utiliser pour aider la patiente et l’orienter vers la thérapie qui lui convient le mieux.
     Et ceci est valable aussi bien dans les foyers de réinsertion dans lesquels je travaille depuis deux ans, grâce à la compréhension de l’Office Social et Culturel de la ville de Rennes.

     Je peux me permettre de dire ici que l’esthétique n’est pas une chose « futile ». Dans toutes les civilisations : égyptienne, grecque notamment, l’homme a porté intérêt à son aspect physique. Elle n’est pas non plus un besoin récent, puisqu’on sait, depuis toujours, que le physique agit sur le psychique. Quoi de plus naturel que de préserver ce bien si précieux, qui est nous-mêmes ? Nous sommes conscients de la nécessité de nourrir notre organisme, de le laisser se reposer, de le soigner médicalement ; pourquoi n’aurions-nous pas la même exigence à l’égard de l’entretien de notre apparence ?
     S’occuper de son corps peut signifier un parfait accord avec soi-même.

Des soins esthétiques pour tous les âges

     Ma profession m’a amenée à m’occuper de personnes du troisième âge ; même à 80 ans, on peut récupérer quelque chose, apprendre à se détendre, à respirer, alors que certains n’ont jamais appris à le faire.
À tout âge, le corps est malléable.

     Il serait illusoire pour l’homme de mettre tout en œuvre pour se maintenir en vie sans se préoccuper de son image corporelle ; il a besoin de cette image pour faciliter ses loisirs, ses relations, son développement harmonieux.
     Il n’y a pas de hasard : l’aspect d’un visage, d’un corps chez un adulte, est le reflet de son passé, de sa vie intérieure, qui comporte joies, souffrances physiques et morales, faiblesses ; toutes ces modifications s’accentuent avec l’âge et se cristallisent au moment du troisième âge. À ce moment-là, notre corps est celui que nous avons façonné, et nous ne pouvons plus tricher.

     Là encore, la relation est extraordinaire. D’abord « l’écoute », qui exige l’abnégation de soi, et qui constitue une marque de sympathie.
     Dans les foyers, je touche des personnes de tous les âges, de milieux très différents : là aussi, la relation s’établit par des conseils réalistes et simples, sur l’emploi des produits, la détente, l’hygiène, la diététique.

     C’est après avoir bâti cette qualité de rapports que je commence à construire quelque chose, pour que la personne « redécouvre son corps ». C’est à moi d’aider cette femme à revivre son corps qu’elle avait oublié, et cette aide ne peut se réaliser qu’avec douceur.

     Aucun soin n’est imposé ;  La personne en fait elle-même la démarche, et c’est ce qui en fait toute la valeur.

     Nombreuses sont les femmes qui n’ont jamais franchi le seuil d’un institut de beauté ; ce n’est pas dès la première séance qu’elles seront familiarisées avec les traitements. Ce n’est qu’au bout de trois ou quatre que la confiance sera établie, que la femme réclamera d’elle-même tel ou tel soins du corps : épilation des jambes, bain relaxant, soins des pieds, partie du corps trop souvent oubliée ou négligée.
     Il arrive que certaines femmes aient une envie secrète de venir me voir, mais elles n’osent pas toujours ; et pourtant, aller au Salon de l’esthéticienne, c’est avoir le bonheur que quelqu’un s’occupe de vous.
     Dire qu’on aime son corps revêt souvent un aspect quelque peu équivoque ; c’est une idée qui s’est cristallisée dans l’esprit de certains, au point de devenir, pour eux, une faute ; or l’Esthétique ne doit plus être considérée comme un luxe, mais comme une nécessité.

     Mon but personnel est d’atteindre les personnes les plus démunies, quel que soit leur âge : c’est pour moi une démarche sociale. Et je persiste à penser que les soins esthétiques en milieu carcéral aident ces femmes à préparer leur sortie, tout en les aidant, en prison, d’une manière simple, à améliorer leurs conditions de vie.

Un témoignage

     Je transcris ci-après, mot pour mot, les termes d’une lettre qui m’a été adressée par une détenue qui bénéficie de mes soins esthétiques :

     « Nous avons le privilège, sans prix, de pouvoir, à raison d’une fois par semaine pendant trois mois, de nous sentir « femme » et c’est à chaque fois une renaissance, aussi bien physique que morale, grâce aux soins esthétiques prodigués par une personne de métier.

     Se retrouver avec un visage à la peau douce, brillante et propre, pouvoir se laisser aller toute confiante entre des mains qui ont, non seulement un effet décontractant, mais nous redonnent ce qui nous manque tant et tant.
     Se sentir autre que ces choses oubliées.
     Si, pour certaines femmes, se montrer démaquillées, avilit leur beauté, pour nous, un simple démaquillage ou un soin des ongles et l’on se sent tout autre, tellement plus belle.
     Pouvoir enfin établir une similitude avec toute femme, dont nous voulons, malgré tout,  encore, faire partie.
     Confier nos problèmes esthétiques et se savoir écoutée, conseillée, ne plus faire partie de la troupe, mais s’en détacher parce que l’on a sa peau à soi, particulière et différente de celle de sa voisine.
     Dire tout ce que celà représente pour nous n’est pas facile, car les mots ne sont pas le cœur et je suis persuadée que lorsque je serai privée de ces séances, j’aurai beaucoup plus à dire que maintenant. Aussi, il faudrait essayer d’aller beaucoup plus loin que ces simples écrits ».

Visiteuse de prison de femmes

     Mon rôle de visiteuse se poursuit au-delà des murs, puisque les sortantes restent en relation avec moi, et c’est là, pour elles, un soutien indispensable.
     A la sortie, la plupart sont rejetées par leurs semblables : c’est pour elles insupportable, de traîner éternellement ce boulet au pied.

      Nous nous employons à leur trouver un travail, un logement. Personnellement j’ai eu recours tout dernièrement à l’A.R.S.A.D. (Association pour la Réinsertion Sociale des Adultes Délinquants) dont il est question d’autre part dans cette revue, en faveur d’une ancienne détenue qui avait un besoin urgent d’argent. J’ai pu obtenir rapidement la somme nécessaire et soulager ainsi, momentanément, une détresse. Pour certaines détenues, quelques mois de prison brisent l’existence et compromettent pour toujours celle de leur famille. On a parfois presque honte de notre bonheur, d’avoir un foyer, des enfants, d’avoir eu de la chance au départ de la vie. Pourquoi les chances ne sont-elles pas égales pour tous dès l’enfance ?

      Les efforts pour la recherche des sources de la pré-délinquance devraient être poursuivis et développés : beaucoup ont suivi cette voie parce que, à un certain moment de leur vie, quelque chose n’a pas fonctionné, parce qu’il y a eu des manques, des passages à vide.
      Très souvent, la cause première de la délinquance est l’indifférence, le refus de comprendre, et surtout le manque d’affection. C’est fréquemment aussi la misère morale, matérielle, la solitude. On sait que chacun de nous a besoin de s’affirmer, d’être reconnu, d’avoir conscience de ses possibilités ; se sentir rejeté, mal aimé, peut engendrer le mépris des autres et la haine  à leur égard.

      Tels sont les sentiments que je découvre dans chacune de mes rencontres, au parloir, avec les détenues que je visite.
     Or, il semble que nous soyons tous concernés par le milieu carcéral, que nous le voulions ou non. Il arrive que certaines ont dépassé le seuil supportable de la douleur morale ; seule alors, la tentative de suicide met fin à leur calvaire. Pour celles qui purgent de longues peines, le temps paraît interminable et certaines doivent faire preuve d’un véritable héroïsme. « L’héroïsme est le combat avec soi-même, l’acceptation de la vie de tous les jours, de cette vie banale », me disait une détenue, et cela est très exact.

     A la sortie, les problèmes se multiplient, pour un bon nombre d’entre elles : interdiction de séjour, casier judiciaire etc. … des points noirs qui font peur lorsqu’on apprend sa libération.
      C’est là encore que le rôle de la visiteuse est particulièrement utile.

Pourquoi suis–je visiteuse ?

     Pourquoi être visiteuse ? Pourquoi s’occuper des autres ? Pour partager ce que l’on a, avec ceux qui n’ont pas le privilège d’avoir reçu. Soyons solidaires, et tendons une bouée de sauvetage à ces femmes pour qu’elles ne se sentent pas abandonnées, surtout lorsqu’elles n’ont ni famille, ni enfants, ni amis, ni travail, rien et personne.

     Il existe des ateliers au Centre Pénitentiaire, et les femmes qui y travaillent perçoivent un salaire ; mais, la plupart d’entre elles ont des frais de justice à payer ; ou bien, quand elles ont une famille, elles lui envoient le peu qui leur reste. Celles qui sont à l’infirmerie restent sans ressources.
     J’ai pu constater à maintes reprises, la solidarité qui unit les détenues entre elles, Leur compassion pour l’une ou l’autre de leurs compagnes.

     À chacune de mes visites, j’appréhende de quitter le parloir, car j’ai l’impression d’abandonner celles que j’ai visitées ; leur parler de Noël, de vacances, me serre le cœur ; c’est là que je ressens en effet toute mon impuissance.
     Faire régulièrement mes visites ne sont pas pour moi un devoir, une charge, mais un rendez-vous amical assorti d’un échange. Nous donnons peut-être, mais nous recevons en retour.

     La détenue nous accepte comme visiteuse ; elle ne peut formuler de choix personnel ; c’est en effet l’assistante sociale qui nous impose les femmes que nous devons visiter. Notre rôle est d’aider l’assistante sociale et nous devons coordonner notre action dans l’établissement, en y maintenant un climat de confiance. Des réunions entre l’assistante sociale et les visiteuses sont organisées ; une formation est possible pour celles qui le désirent, puisqu’un psychologue est à leur disposition une fois par mois.

Collaborer avec tous pour une meilleure efficacité :

     Personnellement, j’essaie de collaborer avec les surveillantes du Centre Pénitentiaire, et je puis dire que je saisis toutes les occasions pour me rapprocher de ceux ou celles qui peuvent m’aider dans mon action.
     C’est le juge de l’application des peines ; c’est l’aumônier, qui peut me faire profiter de son expérience et m’aider dans mes démarches. Ainsi, si les visiteuses le lui demandent, l’aumônier n’hésitera pas à rendre visite à une détenue qui n’aura pas osé se rapprocher de lui et se confier à lui.
     Je collabore également avec les Educatrices.

     Que Dois–je faire encore ? Réconforter la famille de la détenue, faire le lien avec elle par la correspondance, par des visites, quand la chose est possible, savoir saisir l’occasion de la voir lorsqu’on passe dans la région de sa résidence. Faire tout cela discrètement, simplement, auprès des enfants qui, souvent, ignorent la situation exacte de leur Maman, de leur grande sœur. Lorsqu’une mère vient rendre visite à sa fille détenue, il faut s’informer du jour de sa venue, l’accueillir et s’occuper de son hébergement.

     Je suis toujours restée en relation avec une détenue libérée, résidant à 400 kilomètres de Rennes, et cette tutelle morale lui apporte une aide et me persuade que mes visites ont été bénéfiques, basées sur une véritable amitié qui s’est créée entre nous.

Qu’attend la détenue de sa visiteuse ?

     Pouvoir s’exprimer librement, être comprise, échanger de l’amitié. L’écoute est le point le plus important chez la visiteuse car elle apporte un peu de chaleur humaine, celle que beaucoup de détenues n’ont jamais connue, nulle part encore, dans cette prison où tout est froid, austère, impersonnel.

     Aucune question n’est posée sur la faute commise : c’est à la femme d’en parler et à elle seule, si elle le désire.

     La visiteuse doit s’informer du jour et de l’heure de la libération de la détenue à laquelle elle s’intéresse, afin qu’elle soit présente pour l’aider à se retrouver, souvent seule, sans personne d’autre pour partager sa joie.
     Des familles d’accueil se sont créées pour que les détenues ne sachant où se rendre soient accueillies, tout au moins pour quelques jours.

La fête

     Les visiteuses offrent un goûter aux détenues dans le courant du mois de mai de chaque année. Celles–ci sont réparties dans chaque Division, et durant tout l’après-midi, tout le monde, visiteuses et détenues, bavardent comme de vraies amies. C’est la fête. Pour Noël, les visiteuses offrent de petits présents à chaque prisonnière, qu’elle se trouve dans une Division, à l’infirmerie, ou dans un autre quartier.

     Personnellement, j’ai eu, voici deux ans, le privilège suivant : étant affectée à l’infirmerie, j’y ai trouvé un magnifique bébé, enfant d’une détenue, puisqu’elles ont le droit de les garder avec elles, jusqu’à l’âge de 18 mois. Mais après …

     Ce même jour, en pénétrant dans une cellule, les paroles bien connues me sont revenues à l’esprit : « J’étais en prison et vous êtes venue me voir … tout ce que vous avez fait à l’un de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Que font les femmes au Centre Pénitentiaire ?

     Les détenues condamnées à une longue peine ont l’obligation de travailler dans les ateliers.
     Elles peuvent suivre des cours par correspondance, recevoir un enseignement de couture, sanctionné par un diplôme, de piano et il faut reconnaître que certaines d’entre  elles sont très douées ; elles peuvent profiter du salon de coiffure où l’on fait des coupes, des teintures, des traitements.

     Chaque dimanche est donné un spectacle, cinéma ou autre, pour la somme de 3 francs; une discothèque ainsi qu’une bibliothèque, bien garnie, sont à la disposition des détenues.
     Certaines femmes possèdent ainsi, à leur sortie, un bagage supérieur à celui qu’elles avaient à l’entrée ; un cours d’enseignement ménager, fort bien installé, est à la disposition de certaines pensionnaires.
     Une remarque reste à faire ; les détenues sont des élèves moins assidues que celles d’une classe normale, car elles sont toujours obsédées par leurs problèmes : pour les unes, la libération conditionnelle ne vient pas assez vite à leur gré, d’autres ont reçu de mauvaises nouvelles de leur famille ; mais, surtout, il pèse toujours sur elles, ce contexte, cet environnement, cette claustration.

Conclusion

     Puisque ma profession me le permet, je revois quelques unes de ces femmes dans les Foyers d’accueil où je peux les aider encore de mon mieux : il y a donc, autant que possible, une certaine continuité dans mon action.
     Ce séjour en Foyer ou Centre d’Accueil est souvent assez mal accepté par la détenue  libérée, alors que c’est, pour elle, le moyen le plus sûr de se faire « dépanner », du moins pour un certain temps. C’est à ce moment-là qu’elle a besoin d’une main tendue. Il ne s’agit pas d’agir à sa place, d’en faire une assistée, mais de lui montrer comment elle doit, à nouveau, appréhender la vie. Il arrive que nos efforts s’évanouissent, mais il faut continuer quand même.

     Lorsque les séances d’esthétique prennent fin le vendredi soir, et que nous redescendons cet immense escalier de pierre, j’ai le cœur gonflé de joie et en même temps plein de tristesse, heureuse tout de même de voir le visage détendu de ces femmes, car, nous nous quittons en sachant que nous nous reverrons le vendredi suivant. C’est un « au revoir » qui témoigne de notre amitié.

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